Ortie et grossesse  apport en fer et précautions - Herboristerie Sensathé à connaître

Ortie et grossesse : apport en fer et précautions à connaître

L'ortie est déconseillée pendant la grossesse. L'EMA (Agence européenne du médicament) contre-indique son usage faute de données de sécurité suffisantes, et un effet utérotonique potentiel, c'est-à-dire une possible stimulation de l'utérus, est signalé à doses élevées. Pourtant, l'ortie (Urtica dioïca) est souvent citée en phytothérapie pour sa richesse en fer non héminique et en chlorophylle, à un moment où les besoins en fer peuvent atteindre 27 mg par jour au troisième trimestre. Cette page fait le point sur ce que l'ortie contient, pourquoi elle attire l'attention des futures mamans, et ce que disent les autorités sanitaires avant toute décision.

Pour une vue d'ensemble des propriétés de l'ortie sur le fer et le sang, consultez notre page l'ortie pour l'anémie et la carence en fer

L'ESSENTIEL À RETENIR

À lire en 30 secondes pour comprendre l'essentiel sur l'ortie et la grossesse.

  • Les besoins en fer pendant la grossesse peuvent atteindre 27 mg par jour au troisième trimestre.
  • L'ortie est riche en fer non héminique, en chlorophylle et en minéraux, d'où son usage traditionnel en cas de carence.
  • L'EMA déconseille formellement l'ortie pendant la grossesse et l'allaitement faute de données de sécurité suffisantes.
  • Un effet utérotonique potentiel (stimulation de l'utérus) est évoqué dans plusieurs sources, ce qui renforce la prudence.
  • La vitamine C (citron, orange) améliore l'absorption du fer végétal mais ne lève pas la contre-indication.
  • Les tanins de l'ortie peuvent freiner l'absorption du fer si elle est prise simultanément avec un complément ferreux médicamenteux.
  • En cas d'anémie gestationnelle, le traitement médical reste prioritaire et indispensable.
  • Demandez toujours l'avis de votre sage-femme ou médecin avant toute plante médicinale pendant la grossesse.


Pourquoi le fer est-il si important pendant la grossesse ?

La grossesse est une période de transformations physiologiques profondes. Le volume sanguin de la future maman augmente de 40 à 50 %, ce qui dilue mécaniquement l'hémoglobine dans le sang. Pour compenser, l'organisme a besoin de produire davantage de globules rouges, et donc de beaucoup plus de fer. Ce phénomène est normal et s'appelle l'hémodilution gestationnelle.

Pour avoir une vue d'ensemble des bienfaits de l'ortie et de ses formes d'utilisation, consultez notre guide complet de l'ortie.


Des besoins qui augmentent trimestre après trimestre

Les besoins en fer ne sont pas uniformes tout au long de la grossesse. Ils s'intensifient à mesure que le bébé grandit et que le placenta se développe. La femme enceinte doit en effet couvrir à la fois ses propres besoins, ceux du fœtus et ceux du placenta.

Évolution des besoins en fer selon le trimestre de grossesse
TrimestreBesoin en fer estiméParticularités
1er trimestre Besoins proches de la normale L'arrêt des règles compense en partie les besoins supplémentaires
2e trimestre Augmentation progressive (~5 mg/j de plus) La masse érythrocytaire commence à s'élever fortement
3e trimestre Jusqu'à 27 mg/jour Besoins maximaux : développement fœtal intense, constitution des réserves du bébé
Post-partum Besoins élevés si allaitement Pertes sanguines à l'accouchement et reprise des menstruations à considérer


Quand parle-t-on d'anémie gestationnelle ?

On parle d'anémie gravidique (anémie liée à la grossesse) lorsque le taux d'hémoglobine descend en dessous de 11 g/dL selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS). La cause principale est la carence en fer, responsable de plus de 90 % des cas. Les symptômes les plus courants sont la fatigue intense, les vertiges, les palpitations, la pâleur et l'essoufflement à l'effort.

Une carence non traitée peut avoir des conséquences sur la santé du bébé : risque accru de prématurité, retard de croissance intra-utérin, et diminution des réserves en fer à la naissance.

Grande ortie (Urtica dioica) fraîche, plante riche en fer et minéraux, utilisée en phytothérapie avec précaution pendant la grossesse - Herboristerie Sensathé

Ce que l'ortie contient et pourquoi elle intéresse la phytothérapie

L'ortie est l'une des plantes les plus minéralisantes qui soient. Ses feuilles séchées concentrent un profil nutritionnel remarquable : fer, calcium, magnésium, silice, vitamines B1, C et E, ainsi que des protéines végétales représentant jusqu'à 30 % de sa masse sèche. C'est cette richesse qui lui vaut d'être citée en phytothérapie traditionnelle comme soutien en cas de carence martiale.

Le fer non héminique de l'ortie et son absorption

Le fer de l'ortie est du fer non héminique, c'est-à-dire du fer d'origine végétale, par opposition au fer héminique que l'on trouve dans la viande rouge. Ce type de fer est moins bien absorbé par l'intestin, mais son assimilation peut être significativement améliorée grâce à la vitamine C : une pression de citron dans l'infusion d'ortie, ou une orange au petit-déjeuner juste après, fait une vraie différence.

À noter que les tanins naturellement présents dans l'ortie peuvent, paradoxalement, freiner l'absorption du fer s'ils sont consommés en même temps qu'un complément ferreux médicamenteux. Si vous prenez du fer prescrit par votre médecin, veillez à espacer la prise de l'infusion d'au moins une heure.

Le conseil de Laura, conseillère en phytothérapie
"En dehors de la grossesse, de nombreuses femmes en carence en fer utilisent l'ortie en cure : infusion concentrée le matin à jeun, quelques gouttes de citron, cure de 10 jours minimum. Les résultats sont généralement encourageants. Mais pendant la grossesse, la situation est différente : les règles de prudence changent complètement, et je ne recommande jamais l'ortie sans l'accord préalable de la sage-femme ou du médecin qui suit la grossesse. Ce n'est pas une plante à prendre à la légère dans ce contexte."


La chlorophylle, un atout particulier de l'ortie

L'ortie est particulièrement riche en chlorophylle, un pigment vert dont la structure moléculaire est très proche de celle de l'hémoglobine humaine. C'est ce lien structural qui explique pourquoi l'ortie est traditionnellement associée au sang et au fer en phytothérapie. 

Ce que disent les autorités sanitaires sur l'ortie et la grossesse

C'est ici que le sujet devient véritablement important. L'usage traditionnel de l'ortie pendant la grossesse existe dans la littérature populaire de phytothérapie, mais les autorités scientifiques modernes sont beaucoup plus prudentes fautes d'analyses. Il est indispensable de connaître ces positions officielles avant toute décision.

La position de l'EMA : déconseillé pendant la grossesse et l'allaitement

L'EMA (Agence européenne du médicament), via son Comité des médicaments à base de plantes (HMPC), est explicite : la sécurité de l'ortie pendant la grossesse et l'allaitement n'a pas été établie. En l'absence de données suffisantes, son usage est formellement déconseillé. Cette recommandation concerne aussi bien la feuille que la racine.

L'effet utérotonique potentiel : pourquoi la prudence s'impose

Plusieurs sources phytothérapeutiques signalent que l'ortie, à doses importantes, pourrait avoir un effet utérotonique, c'est-à-dire une action stimulante sur l'utérus susceptible de provoquer des contractions. Ce mécanisme n'est pas formellement prouvé chez l'humain avec les doses habituelles d'une infusion courante, mais il suffit à justifier une prudence maximale, en particulier au premier trimestre où le risque de fausse couche est le plus élevé.

Le conseil de Laura, conseillère en phytothérapie
"On entend parfois que 'l'ortie est naturelle, donc sans danger'. C'est une idée reçue à déconstruire absolument. Toutes les plantes médicinales ont des effets pharmacologiques, et certaines de ces actions sont justement contre-indiquées pendant la grossesse. L'ortie en fait partie selon l'EMA. Ma règle d'or pour toutes les futures mamans que j'accompagne : aucune plante médicinale sans accord explicite de la sage-femme, quel que soit le trimestre."

Récapitulatif des positions des autorités sur l'ortie et la grossesse
AutoritéPositionMotif
EMA / HMPC Déconseillé pendant la grossesse et l'allaitement Absence de données de sécurité suffisantes
VIDAL Contre-indiqué (femmes enceintes et allaitantes) Manque d'informations sur les effets pendant la grossesse
Littérature phyto traditionnelle Usage traditionnel cité, mais recommandations contradictoires Effet utérotonique potentiel signalé à doses élevées
EMA pour les enfants Non recommandé avant 12 ans Absence de données pédiatriques adéquates


Alternatives végétales et alimentaires pour soutenir les apports en fer pendant la grossesse

Si l'ortie n'est pas recommandée pendant la grossesse, d'autres solutions alimentaires permettent de soutenir naturellement les apports en fer, en complément d'un suivi médical.


Les aliments naturellement riches en fer non héminique

Plusieurs aliments végétaux offrent une teneur en fer intéressante et peuvent être consommés sans restriction pendant la grossesse (sous réserve de l'avis de votre professionnel de santé) :

  • Les légumineuses : lentilles, pois chiches, haricots rouges, fèves. Les lentilles corail, par exemple, apportent environ 3,3 mg de fer pour 100 g cuites.
  • Les épinards et les légumes verts à feuilles : bette à carde, chou frisé (kale), mâche.
  • Les graines oléagineuses : graines de courge, de sésame, de chanvre, qui concentrent minéraux et acides gras essentiels.
  • Le tofu ferme et les produits à base de soja non transformés.
  • Les fruits secs : abricots secs, pruneaux, raisins secs, associés à une source de vitamine C pour optimiser l'absorption.


La vitamine C, alliée indispensable de l'absorption du fer végétal

La vitamine C transforme le fer non héminique en une forme plus facilement absorbable par l'intestin. L'astuce pratique : accompagner un repas riche en fer végétal d'un verre de jus d'orange fraîchement pressé, d'une salade assaisonnée au citron, ou d'un kiwi en dessert. À l'inverse, le café, le thé et les produits laitiers pris en même temps que les aliments ferreux limitent l'absorption.

Aliments végétaux riches en fer à associer à l'ortie pendant la grossesse  lentilles, tofu, légumes verts, graines et fruits secs - Herboristerie Sensathé

Précautions et contre-indications à connaître absolument

Au-delà de la grossesse, certaines situations rendent l'ortie totalement contre-indiquée, qu'on soit enceinte ou non. Il est essentiel de les connaître.

L'hémochromatose : la contre-indication absolue

L'hémochromatose est une maladie génétique qui provoque une accumulation excessive de fer dans les organes (foie, coeur, pancréas). Chez une personne atteinte, consommer de l'ortie revient à aggraver une situation déjà dangereuse. Il s'agit d'une contre-indication absolue, quelle que soit la forme d'utilisation de la plante. Pour en savoir plus, consultez notre page Ortie et hémochromatose : contre-indication absolue à connaître.


Les autres précautions importantes

  • Anticoagulants (antivitamine K) : l'ortie contient de la vitamine K, qui antagonise les médicaments anticoagulants. Une surveillance médicale est indispensable.
  • Lithium : l'effet diurétique de l'ortie peut modifier la concentration sanguine du lithium. Tout traitement à base de lithium nécessite un avis médical préalable.
  • Insuffisance rénale : à fortes doses, l'ortie peut aggraver une insuffisance rénale existante.
  • Allaitement : comme pour la grossesse, l'EMA déconseille l'ortie pendant l'allaitement faute de données disponibles.

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Questions fréquentes sur l'ortie et la grossesse

Peut-on boire une tisane d'ortie pendant la grossesse ?+

Non, selon l'EMA (Agence européenne du médicament), l'usage de l'ortie n'est pas recommandé pendant la grossesse, faute de données de sécurité suffisantes. En phytothérapie, la règle de prudence veut qu'on évite toute plante médicinale non explicitement validée pour la grossesse. Si vous souhaitez un avis personnalisé, consultez votre sage-femme ou votre médecin.
L'ortie peut-elle provoquer une fausse couche ?+

Aucune étude clinique robuste ne démontre que l'ortie provoque des fausses couches à doses culinaires. Cependant, certaines sources signalent un effet utérotonique potentiel (stimulation de l'utérus) à doses élevées, ce qui justifie la contre-indication officielle de l'EMA. Par principe de précaution, il est fortement déconseillé de l'utiliser en phytothérapie (infusion concentrée, teinture mère, etc.) pendant la grossesse sans avis médical.
Quels aliments végétaux riches en fer sont autorisés pendant la grossesse ?+

Les lentilles, les pois chiches, les épinards, la bette à carde, le kale, les graines de courge et les abricots secs font partie des meilleures sources végétales de fer pendant la grossesse. Pour optimiser l'absorption, accompagnez toujours ces aliments d'une source de vitamine C : jus d'orange, citron, kiwi ou poivron rouge cru. Évitez de les consommer en même temps que du café, du thé ou des produits laitiers qui bloquent l'absorption du fer.
L'ortie interagit-elle avec le fer prescrit par le médecin ?+

Oui, potentiellement. Les tanins naturellement présents dans l'ortie peuvent réduire l'absorption du fer médicamenteux si les deux sont pris simultanément. Si votre médecin vous a prescrit une supplémentation en fer (sel ferreux ou complexe de fer III polymaltose), attendez au moins une heure après la prise avant de consommer de l'ortie, et inversement. Cette précaution s'applique aussi en dehors de la grossesse.
Bibliographie+

Larousse des plantes médicinales - édition 2017 | Ma bible des secrets de phytothérapeutes - Leduc édition 2023 | Ma bible de l'herboristerie - Leduc édition 2018 | Ma bible des plantes qui soignent - Leduc édition 2022 | Le petit Larousse des plantes qui guérissent - édition 2019 | www.wikiphyto.org | www.vidal.fr | Le grand guide de la phytothérapie au quotidien - Rustica édition 2022 | www.altheaprovence.com | EMA/HMPC - Community herbal monograph on Urtica dioica L. and Urtica urens L., folium (HMPC) | ESCOP Monographs, Urticae folium/herba (2018) | HAS - Recommandations anémie gestationnelle | www.ema.europa.eu

Les informations contenues dans cet article ne visent pas à diagnostiquer, traiter, guérir ou prévenir une maladie quelconque. Nous nous appuyons, pour écrire cet article, sur des usages traditionnels des plantes en phytothérapie. Les allégations concernant les bienfaits des plantes et des produits à base de plantes sont basées sur l'utilisation traditionnelle des plantes en phytothérapie. On retrouve ces informations de façon régulière et de manière confirmée en milieu scientifique et dans des ouvrages spécialisés en phytothérapie ou en médecine naturelle (voir bibliographie).

Rédigé par Laura, conseillère en phytothérapie, en micronutrition et en rééquilibrage alimentaire et naturopathie, cet article présente des connaissances actuelles en science qui concernent le sujet abordé lors de sa mise à jour. La science évolue et progresse, ainsi, elle pourrait rendre cet article partiellement ou totalement obsolète. Aucun article de notre blog ne doit être considéré comme une alternative aux recommandations de votre professionnel de santé.

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